Alpine célèbre cette année son 70e anniversaire, et ce jubilaire n’aurait pas pu mieux démarrer. Car en janvier dernier, durant le Salon de Bruxelles, la petite A290 avait reçu le titre de Voiture de l’Année. Un symbole fort pour une marque qui, il n’y a pas si longtemps, semblait vouée à l’oubli !


Il était une fois Emile Rédélé, garagiste, concessionnaire Renault à Dieppe, qui transmet à son fils Jean sa passion des automobiles sportives. En 1946, à 24 ans seulement, Jean prend la relève de son père et devient le plus jeune concessionnaire Renault de France. Diplômé de HEC, il n’est pas mécano mais possède un solide bagage technique. Il le prouve dès 1950, en participant au Rallye Dieppe-Rouen au volant d’une Renault 4CV modifiée par ses soins. Première sortie, première victoire d’une longue série : Mille Miglia, Rallye du Mont-Blanc, Critérium des Alpes, Liège-Rome-Liège… La machine est lancée !

A partir de 1952, en plus de « gonfler » les 4CV, Rédélé décide aussi de les rhabiller. Les grands carrossiers français, craignant que s’attaquer à une voiture populaire nuise à leur image, déclinent la demande. Mauvais calcul : la voiture populaire est en plein essor, tandis qu’au contraire, le coach-building haut de gamme a entamé son inéluctable déclin. Rédélé trouve alors un partenaire en Michelotti, designer reconnu, qui sent venir le vent et rhabille déjà des petites Fiat. Il dessine un charmant coupé sur base de 4CV, qui étoffera le palmarès de Rédélé, le pilote. Mais le plus beau reste à venir pour Rédélé, le constructeur.

La vraie naissance

En 1955, il lance sa propre marque, qu’il baptise Alpine en raison de ses succès dans… les Alpes. Son premier modèle est l’A106, dotée du châssis et du moteur 4 cylindres 747 cm³ de la 4CV. Deux ans plus tard, arrive l’A108, toujours signée Michelotti mais modifiée par les équipes de Rédélé. Pourtant, chez Alpine, il n’y a pas de département design, il n’y a que des artisans passionnés, capables de donner forme aux visions d’un patron qui maîtrise parfaitement son sujet.

Née cabriolet, l’A108 repose d’abord sur un châssis de 4CV, puis sur un châssis conçu par Alpine, plus léger et plus rigide. Le moteur est celui de la Renault Dauphine Gordini. La greffe d’un hard-top donne ensuite naissance à l’A108 coupé, dont dérivera bientôt la célébrissime berlinette. La légende est en marche !

Période faste

En 1962, Renault lance la R8, dont le moteur et le radiateur sont à l’arrière. Rédélé, qui veut absolument utiliser cette mécanique, fait modifier la poupe de l’A108. L’A110 est née. De 1962 à 1977, elle accumule un nombre ahurissant de victoires en rallyes et sur circuits. En 1973, elle décroche le premier titre constructeurs du nouveau championnat du monde des rallyes. La période est faste : rallye, endurance, prototypes A440… Alpine gagne tout, même les 24 Heures du Mans, en 1978 !

Mauvais présage

L’A110 est extraordinaire, c’est indiscutable. Mais son pilotage est aussi un peu trop pointu pour le grand public. C’est donc avec l’intention de toucher une clientèle plus large qu’Alpine crée l’A310, en 1971. Hélas ! le public la trouve moins élégante et, surtout, trop peu puissante (125 chevaux seulement). Le V6 de 150 chevaux arrivera trop tard pour sauver la carrière du modèle.

Partenaire officiel depuis 1965, Renault devient actionnaire majoritaire en 1973. Rédélé sent qu’il perd la main et quitte la marque en 1978. Certains « Alpinistes » poursuivent leur œuvre chez Renault, comme Bernard Dudot, futur artisan des succès F1.

Au moment de remplacer l’A310, Alpine survit à peine. En 1984, Renault lance la GTA : style réussi, V6 turbo 210ch, 1.100 kg seulement, comportement exemplaire… Mais la qualité de finition reste indigne d’une voiture qui se veut rivale de Porsche. Les correctifs viendront trop tard. Et de toute façon, les concessionnaires Renault ne savent pas comment vendre une GT de luxe !

L’A610, évolution de la GTA lancée en 1991, constituera un baroud d’honneur. Belle et performante, elle ne rencontre pourtant pas son public. En 1995, après moins de 900 exemplaires produits, Alpine disparaît. Pour toujours ?

Résurrection

En 2012, Carlos Tavares, alors n°2 de Renault-Nissan et passionné de sport auto, annonce la résurrection d’Alpine. Dans la foulée, Alpine revient en endurance. Tavares quitte le groupe en 2013 mais le projet avance. Au printemps 2018, les premiers clients prennent possession de la nouvelle A110, qui transpose au XXIe siècle tout l’ADN d’Alpine : dimensions compactes, poids contenu, moteur musclé mais raisonnable, priorité aux sensations… La critique est unanime, le public séduit… sur le papier. Car commercialement, le succès reste mesuré : un peu plus de 23.500 exemplaires vendus entre 2018 et fin 2024. Succès d’estime, certes, mais suffisant pour convaincre Renault de poursuivre l’aventure. L’A110 a prouvé que la marque Alpine avait du potentiel.

Electricité, mais pas que…

Aujourd’hui, une remplaçante électrique de l’A110 est en chantier et le tout premier modèle à batterie d’Alpine est déjà une réalité : la citadine A290, dérivée de la nouvelle R5. Légère pour sa catégorie, pas excessive par sa puissance mais incroyablement vive et joueuse, elle a conquis la presse et contribué au titre de Voiture de l’Année décroché par le duo qu’elle forme avec la R5.

Cet automne, Alpine franchira une nouvelle étape avec son premier crossover. De quoi surprendre ? Sans doute, comme l’avait fait en son temps le Porsche Cayenne, grâce auquel la 911 a survécu. Alpine, qui avait annoncé un futur 100% électrique, observe l’évolution du marché et garde une porte ouverte : celle de l’hydrogène, via un moteur thermique testé sur le concept Alpenglow. De ce projet pourrait découler une voiture de course, voire une supercar en série limitée. Mais si cela reste à confirmer, on a déjà une certitude : à 70 ans, Alpine n’a pas fini d’écrire son histoire !

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