Nombreux sont les champions de golf qui utilisent leur expérience et leur expertise pour dessiner des parcours de grande renommée. Quelque part, ils sont les successeurs de « Old » Tom Morris, premier architecte reconnu.
Jack Nicklaus, Arnold Palmer, Gary Player, Severiano Ballesteros et Tiger Woods font clairement partie des plus grands champions de l’histoire contemporaine du golf. Faut-il, dès lors, s’étonner qu’ils soient aussi devenus des références dans le dessin des plus célèbres parcours de la planète ?
Pas vraiment. C’est dans l’ordre des choses : sa carrière terminée, le héros des greens se reconvertit volontiers comme architecte et met sa notoriété au service de promoteurs désireux d’ériger des resorts hôteliers ou immobiliers pour passionnés de swing. Un bon plan, au propre comme au figuré !



Le triumvirat Palmer-Nicklaus-Player
Visionnaire, Arnold Palmer a été le premier à user de son immense popularité en faisant de son nom une véritable marque en termes de merchandising, de marketing et de publicité. Porté par IMG McCormack, l’Américain a été à la base du sport-business moderne. Et il a, entre autres activités, conçu de nombreux parcours. Avec sa société Arnold Palmer Design, « The King » en a signé plus de 300, dans 25 pays différents. Le Bay Hill, en Floride, le Tradition GC, en Californie, et le K Club, en Irlande, figurent parmi ses œuvres maîtresses.
Souvent considéré comme le meilleur joueur de l’histoire, Jack Nicklaus (18 sacres en Grands Chelems) n’a évidemment rien à lui envier. Aussi à l’aise avec un crayon qu’avec un driver, le « Golden Bear » a été très prolifique. Muirfield Village, dans l’Ohio, est un pur joyau qui est l’hôte, chaque année, du Memorial Tournament. L’Américain est également le créateur de « monuments » comme Valhalla (Kentucky), Castle Pines (Colorado), Sebonack (New York), Gleneagles Centenary (Ecosse) ou Punta Espada (République dominicaine). Vastes bunkers de sable blanc, greens à multiples plateaux, obstacles d’eau : sa « marque de fabrique » se reconnaît de loin !
Avec également plus de 400 réalisations dans une quarantaine de pays, le Sud-Africain Gary Player est de la même lignée. Amoureux des links et des parklands classiques, il a dessiné quelques « championship courses » de légende comme Fancourt (The Links) et Leopard Creek, dans son pays natal, Thracian Cliffs, en Bulgarie, Ria Bintan, en Indonésie, ou Saadiyat Beach, à Abu Dhabi. Infatigable globe-trotter, il a même posé ses valises dans notre Ardenne pour concevoir le Five Nations GC, à Méan.


Ballesteros et Tiger !
Trop tôt disparu, Severiano Ballesteros n’a pas eu l’occasion d’exporter réellement son génie sur papier. Il a néanmoins — alors qu’il était toujours joueur sur les circuits professionnels — apposé son cachet sur des greens de grande renommée comme Heritage, en Irlande du Nord, The Shire, en Angleterre, ou Royal Obidos, au Portugal. Il a également participé à la rénovation du GC de Crans-sur-Sierrre, en Suisse, et, surtout, de Valderrama, en Espagne, terre de tant de ses exploits. Nul doute que si la maladie ne l’avait pas si tôt emporté, il aurait ajouté bien d’autres réalisations à son actif. Plus que tout autre, « Seve » avait le golf dans le sang.
Et Tiger Woods ? Alors que sa carrière de champion touche à sa fin, l’icône mondiale du swing a déjà revêtu l’habit du bâtisseur avec, en toile de fond, les naissances de El Cardonal, au Mexique, de Bluejack National, au Texas, ou de Payne’s Valley, dans le Missouri. Et le carnet de commande du « Tigre » est plein avec, en filigrane, de nombreux projets et une volonté manifeste de participer à la démocratisation du jeu, via des concepts plutôt courts et ludiques.
Ceci dit, de nombreux autres « championship courses » portent le sceau de légendes comme Tom Watson, Nick Faldo, Bernhard Langer, Jose-Maria Olazabal ou, bien sûr, Greg Norman.
Quelque part, le passage vers le « métier » d’architecte est naturel pour le pro de golf. Grâce à son expérience, son œil aguerri et sa science du jeu, il a tous les atouts pour créer de magnifiques parcours. Et le fait de donner le nom du champion au terrain est évidemment un plus important pour le propriétaire ou le promoteur. Pour le golfeur lambda, jouer un Nicklaus ou un Ballesteros dégage un parfum très différent !


L’héritage de « Old » Tom Morris
Les historiens considèrent traditionnellement que l’Ecossais « Old » Tom Morris, champion mythique du XIXe siècle, fut le premier véritable architecte de golf. On parlait à l’époque de « keepers of the green ». Lauréat de quatre British Open (1861, 1862, 1864 et 1867), il instaura la notion de dessin. Auparavant, le golf se pratiquait quasiment sur les dunes, sans l’aide d’aucun architecte. Le Old Course de St.Andrews, berceau du golf, est né de la main de Dieu, dessiné par la nature ! Tom Morris a donc fait évoluer les choses. On lui doit, notamment, le légendaire links de Muirfield qui fait toujours référence. Il signa également les prestigieux terrains de Prestwick (qui accueillit les premiers Opens), de Carnoustie et du Royal County Down. Morris œuvra exclusivement sur des links, créant les concepts du rough, du semi-rough et du véritable green. Un peu plus tard, un autre Ecossais, Willie Park Junior, fils du premier vainqueur de l’Open, fit entrer le golf dans une nouvelle ère architecturale. Visionnaire, il déplaça la discipline à l’intérieur des terres, dans les forêts et près des villes. Une vraie révolution. Le Old Course de Sunningdale, inauguré en 1901, fut l’une de ses pièces maîtresses. L’architecture de links n’était pas très variée avec des dessins en lignes droites sur des surfaces planes, des bunkers et pas le moindre arbre. Willie Park « inventa » un genre différent avec quelques dog-legs, des pièges cachés (les « hazards ») et des greens à plusieurs plateaux. Park n’hésita pas à traverser l’Atlantique pour porter la bonne parole. Il participa ainsi à l’essor du golf aux Etats-Unis, dessinant le golf d’Olympia Fields et aménageant celui d’Atlantic City. Faut-il rappeler, également, qu’il participa en 1913, de son plus beau crayon, à la deuxième version du Royal Antwerp, à Kapellen. Là aussi, il imposa sa griffe classique et subtile.

Eternel Bobby Jones
Comment ne pas rendre hommage, aussi, au plus grand d’entre tous : Bobby Jones. Las de remporter tous les tournois auxquels il participait, le champion américain arrêta prématurément sa carrière en 1930 pour relever un improbable défi : imaginer le plus beau « championship course » de la terre et de ses environs ! Ainsi dit, ainsi fait. Quelques mois plus tard, grâce à l’aide de l’architecte écossais Alister MacKenzie, l’Augusta National, théâtre de tous les rêves et du Masters, voyait le jour. Ce chef-d’œuvre réunit deux paramètres essentiels du jeu de golf : les défis technique et tactique, d’une part, le décor visuel, de l’autre. Sur ce parkland balisé par une végétation luxuriante et où chaque trou porte le nom d’une fleur, le joueur se retrouve confronté à des challenges d’une incroyable difficulté avec des fairways en pente douce, des bunkers profonds, des arbres dans les lignes de trajectoire et, surtout, des greens rapides d’une indomptable complexité. Le tout dans un environnement d’une beauté sans égale, un peu comme si le diable avait élu résidence au paradis !
Auteur également de Cypress Point, Seminole et Pine Valley, Alister MacKenzie était, bien sûr, un passionné de swing. Mais c’était, d’abord, un docteur renommé. Preuve qu’il n’est pas obligatoire de collectionner les trophées pour coucher sur papier des dessins d’exception.


Trent Jones, la référence
A l’instar de Harry Colt, juriste de formation et auteur de plusieurs « monuments » (Wentworth, Liverpool, Portrush, Lytham, Sunningdale, Touquet, Zoute…), Robert Trent Jones en est la parfaite illustration. Agronome de formation, féru d’économie, cet Américain né en Angleterre était à la fois un bon joueur et un remarquable homme d’affaires. Fort de ces deux atouts, il éleva le job d’architecte de golf au rang de véritable business. A son actif, entre 1940 et 1980, il compte près de 500 réalisations, dans 35 pays différents ! Perfectionniste et forçat du travail, il faisait du « sur-mesure » en fonction des demandes, surfant notamment sur la vague de l’immobilier golfique.
Jones fut le premier architecte global qui intégra, dans sa réflexion, tous les paramètres de ses prédécesseurs. Vastes tees pour multiplier les angles, fairways larges, nombreux obstacles d’eau, bunkers de fairways plats, bunkers de greens plus profonds : ses recettes étaient justes et s’adaptaient à tous les niveaux de jeu. Parfois, il poussait le détail jusqu’à finaliser les greens à la main ! Quelques-unes de ses œuvres font partie de la légende comme Valderrama, Real Sotogrande, Oakland Hills, Spyglass Hill ou Hazeltine. Et rappelons que le Royal Bercuit, à Grez-Doiceau, porte également sa griffe.
Grâce, notamment, aux progrès technologiques qui ont transformé les clubs et les balles, le golf ne cesse d’évoluer. Les nouvelles règles liées à l’écoresponsabilité et aux paramètres bioécologiques ne cessent de modifier les paramètres et les obligations. Mais le dessin du parcours reste forcément essentiel avec, en toile de fond, des « championship courses » tantôt classiques et stratégiques, tantôt modernes et spectaculaires. Au gré de l’humeur des architectes…

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