A Reims, ce Relais & Châteaux résume l’essence même de l’art de vivre à la française. Plongée au cœur de la Champagne dans un monde où l’éphémère devient inoubliable.
Existe-t-il un lieu qui symbolise davantage l’excellence made in France ? Pas sûr. Le « Domaine Les Crayères », fleuron des Relais & Châteaux et temple du raffinement et de l’élégance, est un hymne à l’art de vivre à la française. Tout est réuni, ici, pour combler le visiteur hédoniste : un château du début du XXe siècle transformé en hôtel cinq étoiles, une décoration classique et majestueuse, un parc de sept hectares tout de fleurs habillé, un restaurant gastronomique bardé de deux macarons « Michelin » : il ne manque rien à ce havre de paix, situé sur les hauteurs de Reims, à deux pas des plus belles maisons de Champagne. Luxe, calme et volupté, disait le poète. Aux « Crayères », la réalité dépasse la fiction au point de rendre mémorable l’éphémère ! Elu à plusieurs reprises « plus bel hôtel du monde », l’endroit est une parenthèse enchantée, un rêve éveillé, à vivre sans modération.

La vie de château
Evoquons, d’abord, le décor de carte postale. Situé sur la colline Saint-Nicaise, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, le domaine s’élève au sein d’un parc classé pour ses crayères ancestrales. Edifié à l’initiative de Mme Pommery, passionnée d’architecture, pour sa fille la marquise de Polignac, le château, d’un pur style Mansart, dévoile depuis son inauguration, en 1904, un panorama saisissant sur la ville, embrassant la Basilique Saint-Remi, la Cathédrale et la Montagne de Reims.
Dans le parc bucolique de sept hectares dessiné par Edouard André et Jules-Edouard Redont, s’épanouissent des cèdres du Liban et une profusion de fleurs. A moins de dix minutes en mobilité douce, s’offrent les caves les plus emblématiques de la région : Maison Taittinger, Pommery, Ruinart ou encore Veuve Clicquot.
En vérité, dès la grille d’entrée franchie, le visiteur entre dans un autre univers. Cette demeure de tradition, signée par le maître du style classique Pierre-Yves Rochon, exhale une atmosphère singulière, dans sa plus pure expression. La décoration rend hommage aux belles étoffes, au mobilier d’antiquaire et à cette touche d’élégance, si caractéristique. Tissus aux motifs historiques de la Maison Pierre Frey, velours Dedar et étoffes brodées de chez Lelievre habillent les lieux avec délicatesse.
En ces murs, l’audace des choix se mêle à une noblesse intemporelle. Le jardin d’hiver se pare de tapisseries bouillonnaises, tandis que le Salon Melchior, tout de chêne vêtu, rappelle l’élégance d’antan. Paré de tartans variés, le « Bar La Rotonde » évoque l’atmosphère feutrée des clubs de gentlemen britanniques, tandis que la salle du restaurant « Le Parc » se distingue par son lustre magistral et ses portraits en imposants médaillons. Non loin de là, la « Salle Boisée », ornée d’une tapisserie d’Aubusson, dévoile à travers sa verrière en arrondi les douces perspectives de la terrasse…
L’hôtel compte actuellement vingt chambres, chacune baptisée du nom d’une impératrice, reine ou princesse d’Europe. Soin du détail minutieux, tableaux de maîtres consciencieusement sélectionnés, mobilier d’époque et matériaux nobles composent un décor somptueux. Ici, l’hospitalité et le sens du service s’élèvent à un niveau rare, sans obséquiosité mais avec une attention sincère et un plaisir manifeste de satisfaire les hôtes. C’est ainsi que l’établissement a su conquérir le cœur des plus exigeants critiques, obtenant la distinction suprême du guide rouge : trois « Clefs Michelin ».



De la magie dans l’assiette…
Mais c’est aussi – et surtout – grâce à sa gastronomie que « Les Crayères » a conquis ses lettres de noblesse aux quatre coins de la planète. On entre ici, il est vrai, dans un autre univers avec l’apparat de la salle à manger qui, à elle seule, fait swinguer les papilles !
Le nouveau chef Christophe Moret y régente les grandes manœuvres de main de maître. Ce cuisinier d’expérience et d’influences, saucier et rôtisseur, revendique une gastronomie française et bien vivante. Autrement dit : décomplexée et ouverte sur le monde. « L’histoire nous montre que notre cuisine a toujours été empreinte de métissages, pourquoi être tenté de la figer, de se concentrer sur un excès de technique plutôt que d’aller chercher l’émotion ? »
Christophe Moret, qui a fait escale dans les plus belles maisons parisiennes et qui a Alain Ducasse pour mentor, cherche le meilleur, l’exemplarité du goût et de la qualité. Fidèle à ses fournisseurs pour garantir une cuisine au plus près des saisons, il se procure les plus beaux produits locaux pour concevoir ses plats emblématiques comme le feuille à feuille de foie gras, travaillé à partir des champignons de carrières voisines.
Il n’a jamais caché sa passion pour l’Asie, véritable source d’inspiration. Il y puise une large part de sa modernité en proposant, par exemple, cet oursin caviar dans une nage de bonite et kombu fumés. « S’amuser, se renouveler ne veut pas dire que l’on s’éparpille. Au contraire, se montrer audacieux nécessite de bien connaître ses produits et d’être ouvert aux autres. »
Qu’on se le dise : la troisième étoile n’est pas loin, d’autant qu’il s’appuie, en amont, sur le talent de Rosalie Boucher, 33 ans, pâtissière en chef dont les créations (crème brûlée de cacao, Paris-Brest à la noisette, île flottante…) sont de pures invitations aux rêveries.



… et dans le verre
Ceci dit, c’est peut-être dans les bunkers des sous-sols du château que se cache le véritable trésor des « Crayères ». Véritable caverne d’Ali Baba, la cave est un hymne à l’œnologie. Une symphonie, même. Les chiffres donnent le tournis : 72.000 bouteilles, 3.300 références, dont mille rien que pour le champagne. C’est juste bluffant.
Et c’est dire évidemment si les cartes des vins et des champagnes – deux volumes séparés aux allures de « Larousse Universel – collectionnent les plus grandes récompenses. Feuilleter les pages où sont décrits ces nectars est déjà une immersion dans la troisième dimension, celle où la mise au verre dégage un petit parfum de paradis. Côte-Rôtie du Domaine Jamet, Meursault Coch-Dury et, bien sûr, les étiquettes les plus emblématiques de la région, à l’instar de la Maison Taittinger, Pommery, Ruinart ou encore Veuve Clicquot : pour faire sauter les bouchons, le sommelier est bien plus efficace que « Bison Fûté » !
Oui, le « Domaine Les Crayères » est une expérience au sens complet. Un moment de lévitation. Et les épicuriens se réjouissent évidemment de la prochaine création, au fond du parc, d’un somptueux spa de 750 mètres carrés avec piscine extérieure, de deux nouvelles bâtisses qui abriteront sept suites et d’une villa privatisable de 300 mètres carrés. C’est prévu pour 2026.
Reims est à un peu plus de deux heures de la frontière belge. Et, avec ce niveau d’excellence, l’escapade est une pure merveille…

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