Cet hôtel légendaire et intimiste, situé dans le célèbre village, a accueilli jadis toutes les stars qui ont participé à la légende tropézienne. Rénové, il a conservé toute sa magie d’autrefois, loin du bling-bling. Découverte
C’est un lieu mythique, une adresse unique. Situé au cœur de la vieille ville de Saint-Tropez, près de la citadelle, au hasard d’une petite ruelle commerçante, l’hôtel « La Ponche » passerait presque inaperçu. Vu de l’extérieur, l’établissement n’est, il est vrai, pas très différent des autres maisons du célèbre village. Derrière sa façade, il recèle pourtant de véritables trésors avec 21 chambres et suites qui portent, chacune, les noms de visiteurs illustres, de Romy Schneider à Boris Vian en passant, bien sûr, par Brigitte Bardot.
En vérité, « La Ponche » est un cinq étoiles différent. On est à des années-lumière des grands palaces tropéziens parfumés de bling-bling. Ici, c’est l’authenticité qui prime. Des sols pavés de tomettes ou de jonc de mer, des luminaires un tantinet vintage, des couloirs habillés d’une moquette en tapis persan, des escaliers d’un autre âge, un petit jardin d’hiver : atmosphère, atmosphère. Oui, la maison a une gueule d’atmosphère !
Et tout est l’avenant. Les chambres, toutes différentes, sont traitées avec légèreté pour conserver leur âme d’antan. Blanc cassé ivoire, boiserie noyer, vernis brillant, tissus sélectionnés : chaque détail est pensé. C’est le célèbre architecte Fabrizio Casiraghi qui a récemment piloté la rénovation. « Lorsque je m’attache à un lieu comme ‘La Ponche’, je ne pense qu’à une seule chose : raconter une histoire, ne pas toucher aux structures et respecter l’âme de la maison. Je pense au Sud, au farniente, à la dolce vita. Un peu de Capri, de Positano. Mais, surtout, de Saint-Tropez. Les années Pompidou, les années 60, la mer, les vacances. Chaque objet que je choisis est le fruit d’une réflexion longue et complexe car la maison doit parler avec eux. Dans les chambres, il n’y a pas grand-chose mais un ou deux tableaux et, surtout, ce que l’on aime en fin de journée : une bonne douche, un bon savon, une belle serviette », résume-t-il.




Rendez-vous des stars
Autrefois, « La Ponche » était un caboulot où les pêcheurs aimaient se retrouver pour refaire le monde et ses environs ! Simone Duckstein avait hérité des murs de ses parents. Cette Tropézienne pur jus n’imaginait pas le destin qui l’attendait !
Après la Deuxième Guerre, visionnaire, elle décida d’agrandir son petit domaine en construisant huit chambres d’hôtes. Un audacieux pari. L’essor de Saint-Tropez allait s’occuper de lui donner raison et de faire de l’établissement « the place to be ». Rapidement, les stars de l’époque firent de la station balnéaire leur destination favorite. Elles descendaient avec le Train Bleu qui les libérait ensommeillées sur les quais de la gare de Saint-Raphaël. Et elles se posaient à « La Ponche » où les attendait un café brûlant avec des tartines de pain grillé. Parfois, elles faisaient le voyage en automobile, comme Françoise Sagan, dans sa Jaguar X/440. Ou alors à moto, comme Jose Luis de Vilallonga, acteur et écrivain qui mit une nuit pour rejoindre Jeanne Moreau. Pour le tournage de « Et Dieu créa la femme », c’est toute l’équipe qui s’installa à « La Ponche ». Bardot, Vadim, Trintignant : souvenirs, souvenirs.
Pas besoin d’un dessin : le registre de la réception de l’hôtel prit rapidement des allures de générique de films. Boris Vian passait volontiers derrière le bar pour servir ses amis Daniel Gélin, Michel Piccoli, Pierre Brasseur, Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso, Catherine Deneuve, Jack Nickolson. Et qu’importe si Simone Duckstein s’étonnait parfois de ces hommes qui n’étaient fidèles qu’à leur numéro de chambre ! De nombreuses idylles prirent, en tout cas, leur envol dans l’ancien caboulot : Brigitte Bardot avec Gunter Sachs (dans la chambre 1), Bernard Buffet et le mannequin Annabel (dans la 20), Romy Schneider et Daniel Biasini (dans la 8)…
Aujourd’hui, Saint-Tropez a bien changé. Le petit village azuréen compte officiellement 5.000 habitants. Mais la population se multiplie par vingt durant l’été ! Malgré cette effervescence, « La Ponche » s’efforce de rester fidèle à son ADN historique. « Je me suis levée de mon lit, j’ai ouvert les volets, et la mer et le ciel m’ont jeté au visage le même bleu, le même rose, le même bonheur », écrivait Françoise Sagan depuis la chambre 19 !
L’hôtel, désormais propriété de l’entrepreneur Nicolas Saltiel (Collection Chapitre Six), a fait l’objet d’une vaste rénovation en 2021, histoire de mettre la dolce vita au goût du jour et de donner un coup de fraîcheur architectural. Mission accomplie.




Comme à Saint-Germain-des-Prés !
« La Ponche » ne se raconte pas mais se vit. Un peu, beaucoup, à la folie. Le restaurant, qui donne sur la petite ruelle, avec vue sur un bout de Méditerranée, est une halte incontournable du petit déjeuner au dîner. Le chef Thomas Danigo y propose une carte dans l’air du temps : ensoleillée ! Ni chichis, ni plats en surdensité, mais une cuisine tournée vers les produits et le goût : asperges vertes de Provence et sabayon au yuzu, traditionnelle soupe de poissons de roche, rouget en portefeuille et fleur de courgette farcie, bourride d’ombrine et coquillages. Et des desserts simples, travaillés eux aussi dans le sens du produit et des saisons.
Le piano-bar fait évidemment partie de la légende de la maison. Il porte le nom de Saint-Germain-des-Prés, ce quartier parisien si cher aux artistes qui a si largement participé à la magie tropézienne. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si l’hôtel « La Ponche » décerne chaque année un Prix Littéraire et s’il parraine le Festival Les Nuits du Château de La Moutte qui invite à la poésie et au romantisme sur fond de musique classique. A « La Ponche », on cultive à la fois l’art et la manière !
Ce bar a également fait l’objet d’une rénovation récente signée Fabrizio Casiraghi. Mur de miroirs avec étagères et rétroéclairages sur les flacons, plafonds et mur en bois de noyer d’Amérique, carrelage à damiers noir et blanc, cheminée, tables basses de chrome et marbre, fauteuils hyperconfortables : tout est assorti. Les murs de bois sont agrémentés par les œuvres de Jacques Cordier, premier mari de Simone Duckstein, et la sélection de livres et de bouquins fait de ce lieu un cocon dans lequel il fait bon se perdre.
Objectif avoué : redonner à toute heure du jour et, parfois, tard la nuit cette ambiance des débuts avec, en toile de fond, ce fameux dernier verre pour les nuits sans fin. Quelques cocktails sont entrés dans l’histoire, à l’image de « Les Choses de la vie », dans lequel gin, citron vert, italicus, basilic frais et concombre se mélangent dans un hymne au rafraîchissement. Les plus audacieux, qui souhaitent épicer ce moment, se tourneront plutôt vers le « Tu veux ou tu veux pas » de Brigitte Bardot, à base de tequila, pastèque, poivron et piment oiseaux !
Pour se remettre de leurs émotions, les épicuriens ne manqueront pas, le lendemain, l’escale bien-être dans le spa avec une carte plus hédoniste où l’on retrouve des massages et des rituels sur mesure et des soins exclusifs griffés « La Mer ». Tous les matins, des cours de yoga et de pilates sont également prodigués sur le ponton face à la mer. Un cadre idéal pour le lâcher-prise !
Oui, « La Ponche » est un point de chute idéal pour s’imprégner de l’esprit Saint-Tropez. Le vrai. L’hôtel ne se contente d’ailleurs pas, comme tant d’autres, d’une ouverture estivale. Il accueille même ses hôtes pour les fêtes de fin d’année !





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