Voici 50 ans, Jackie Stewart remportait son troisième titre de champion du monde de Formule 1. Le champion écossais a marqué son époque mais il a également participé, en amont, à l’évolution de son sport, notamment au niveau de la sécurité. D’ailleurs, saviez-vous qu’il a indirectement participé aux succès de l’écurie Red Bull ?


Agé aujourd’hui de 84 ans, sir Jackie Stewart – il a été anobli par le prince Charles en 2001 pour « services rendus au sport automobile » – fête, en cette année 2023, les 50 ans de son dernier sacre en Formule 1. Celui que l’on a surnommé « L’Ecossais Volant » – « The Flying Scot » – a eu une carrière relativement courte en F1 : neuf saisons, de 1965 à 1973. Mais son taux de victoires impressionne : 27 en 99 Grands Prix (titré en 69, en 71 et en 73). Il faudra, d’ailleurs, 14 ans et un certain Alain Prost pour battre ce record de victoires, tout en sachant qu’au fil des ans, le nombre de Grands Prix par saison n’a cessé d’augmenter. Il y en aura 24 en 2024 contre 15 en 1973. Stewart aurait dû disputer son 100e Grand Prix mais un événement tragique l’a stoppé dans son élan…

Sa dyslexie : une force plus qu’une faiblesse

John Young Stewart est né le 11 juin 1939. Souffrant de dyslexie, sa scolarité a été particulièrement compliquée. Mais comme pour les Mohamed Ali, Steven Spielberg, Georges Lucas, Steve Jobs, Richard Branson ou encore Warren Buffet, ce trouble de l’apprentissage deviendra, selon lui, l’une de ses forces, en l’obligeant à être « beaucoup plus attentif aux détails ».

Fils d’un concessionnaire Jaguar, il a rapidement quitté les bancs de l’école (à 15 ans) pour plonger sous les capots en tant que mécano, avec son père. Son grand frère, Jimmy, était pilote, ce qui angoissait beaucoup maman Stewart, d’autant plus après deux graves accidents, en 1954 et en 1955. Par conséquent, pour Jackie et Jimmy, la compétition automobile était inenvisageable. A tel point que Jackie Stewart a brillé dans un autre sport avant de s’illustrer derrière un volant : le tir ! Champion national, il échouera néanmoins à se qualifier pour les Jeux Olympiques de 1960…

Des débuts sous un pseudo

Durant les années qui suivirent, Jackie Stewart va tout de même se retrouver sur les circuits, en tant que mécanicien pour l’un des fournisseurs de son père. Lorsque ce client lui propose de prendre le volant, le jeune homme de 24 ans n’hésite pas longtemps, se disant alors qu’il pouvait concourir sous un pseudonyme pour ne pas inquiéter sa mère : A.N. Other (pour another, un autre en français).

Ses diverses victoires au volant de GT lui permettent d’être vite repéré, notamment par un certain Ken Tyrrell, fondateur de l’équipe éponyme en F1 (avec qui il finira sa carrière, d’ailleurs). Ayant alors récupéré son nom, l’Ecossais survolera la concurrence lors de sa première saison en F3, en 1964, de quoi lui permettre d’intégrer ensuite l’écurie Lotus en F2, puis en F1.

Dès sa première course de F1, en remplaçant du champion du monde 1963 Jim Clark, blessé, Jackie Stewart décroche la pole position au volant de la Lotus 33. C’était au Grand Prix de Kyalami 1964, en Afrique du Sud. L’histoire aurait pu être encore plus belle mais le manque de fiabilité (arbre de transmission) durant la course en décide autrement. Sa première victoire arrive quelques mois plus tard, en 1965, au Grand Prix de Monza, au volant d’une BRM (British Racing Motors). La première d’une série de 27 victoires, un record qui a tenu jusqu’en 1987.

Spa-Francorchamps, un tournant dans sa carrière

En 1966, Jackie Stewart est victime d’un énorme crash sur le grand circuit de Spa-Francorchamps, encore long de 14 km à l’époque (7 km aujourd’hui). Peu de médecins, pas de rails de sécurité, trop peu de postes médicaux, pas de commissaires de piste à cet endroit. Alors que le réservoir d’essence se déverse dans le cockpit depuis près de 25 minutes, l’Ecossais est finalement sauvé par d’autres pilotes, dont son ami et coéquipier, Graham Hill.

Cet accident a marqué l’esprit de Jackie car dès cet instant, l’Ecossais est devenu un fervent défenseur de la sécurité en sport automobile. Meilleurs services d’urgence, barrières de sécurité, médecins à proximité, casques intégraux et bien d’autres : Jackie Stewart a fait partie de ces acteurs du sport automobile qui ont poussé la F1 vers davantage de sécurité. Il est, par exemple, à la base de l’annulation du Grand Prix de Belgique 1969. De quoi le rendre quelque peu impopulaire aux yeux de certains. Mais il poussa en tout cas les propriétaires des circuits à investir pour plus de sécurité.

Il restait néanmoins un pilote remarquable. Pour preuve, en 1970, lors du dernier Grand Prix de Spa sur le grand tracé, malgré la dangerosité (certes, un peu améliorée depuis 1969 mais encore trop peu), Stewart décroche la pole position !

Malheureusement, son combat pour la sécurité n’empêcha pas de nouveaux drames. Quelques mois plus tard, au Grand Prix d’Italie, son meilleur ami Jochen Rindt décède devant ses yeux. Pour l’anecdote, l’Autrichien sera quand même sacré, à titre posthume, devant Jacky Ickx.

Trois ans plus tard, Stewart décroche son troisième titre mais sans prendre le départ de la 100e course à laquelle il devait participer. En cause, un nouveau crash mortel, celui de son coéquipier français François Cevert, à Watkins Glen, aux USA. Avant l’accident, le champion britannique avait déjà décidé de mettre un terme à sa carrière en fin de saison. Mais par respect pour François Cevert, il n’a pas pris le départ de ce qui devait être sa 100e course. Du moins, pas en tant que pilote…

Stewart GP : les fondations de Red Bull Racing

On en vient ainsi au lien entre Jackie Stewart et l’écurie Red Bull. Après avoir profité durant quelques années de sa retraite tout en étant consultant en F1, en fondant des associations caritatives (voyez l’encadré) et en continuant à être ambassadeur pour Rolex (depuis 1968 !), Jackie Stewart a fondé Stewart GP avec son fils, Paul, en 1988.

Surtout active dans des formules de promotion anglaises (F3 et Formule 3000), l’écurie a tenté sa chance en Formule 1 entre 1997 et 1999. Son siège social se trouvait à Milton Keynes, dans l’usine où Red Bull Racing opère aujourd’hui. Et ce n’est pas un hasard car, après quelques bons résultats – Jos Vestappen a même effectué quelques courses pour Stewart GP durant la saison 1998 –, l’écurie a été vendue à Ford qui l’a renommée Jaguar Racing en 2000 (oui, à l’époque, Jaguar appartenait à Ford). Et dès 2005, devinez qui a fait son apparition sur les fondations de cette écurie ? Red Bull Racing, bien évidemment, avec l’insolent succès qu’on connaît aujourd’hui, notamment avec Max Verstappen, fils de Jos…

Ambassadeur Rolex

Ces dernières années, sir Jackie Stewart, quelque peu hyperactif (mais ralenti par un léger AVC l’été dernier), est encore apparu très souvent sur les circuits de F1, notamment en tant qu’ambassadeur Rolex. S’il témoigne pour la légendaire marque horlogère depuis 56 ans, c’est parce qu’il continue d’inspirer les pilotes actuels et diverses générations de personnalités liées au sport automobile. On le reconnaît souvent à son béret avec motifs tartan, comme ceux se trouvant sur son casque mais aussi sur des monoplaces de feu Stewart GP.

L’homme, toujours très élégant – « british style » oblige –, est un grand passionné de golf, un sport qu’il a toujours pratiqué avec talent. Il a également inspiré le chanteur Robbie Williams qui lui rendait hommage dans son clip musical « Supreme », en 2000. Ce superbe clip aux images d’archives – on vous le recommande ! – met en scène une rivalité entre Bob Williams (joué par Robbie Williams) et Jackie Stewart. A la fin, c’est Stewart qui gagne…

Mais ce n’est pas pour autant que « The Flying Scot » remporte toutes ses batailles. En effet, époux très aimant, il a affirmé lors d’interviews que sa plus grande épreuve était la maladie de sa femme, Helen, qui souffre d’Alzheimer et de démence depuis 2014. Vivant en Suisse depuis de nombreuses années, le triple champion du monde de F1 a créé « Race Against Dementia » en 2018. Après s’être battu tant d’années pour la sécurité des pilotes, Jackie Stewart se bat aujourd’hui pour le bien-être de sa femme et de tous ceux qui sont également touchés par la démence. Un véritable gentleman, ce Jackie Stewart…

Sa vocation : prendre soin des autres

Si l’association des pilotes de F1 (Grand Prix Drivers’ Association) est née en mai 1961 sous l’impulsion de Stirling Moss et de Jo Bonnier, c’est bien Jackie Stewart qui lui a donné des ailes en poussant les pilotes à réfléchir davantage à leur sécurité. Mais après sa carrière en F1, l’Ecossais s’est également engagé dans d’autres associations. Citons notamment « Grand Prix Trust » qu’il a fondé en 1987 pour venir en aide financière ou médicale aux retraités du sport automobile. Aujourd’hui président de « Dyslexia Scotland », il a également créé « Race Against Dementia », très touché par la maladie de sa femme, Helen.

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