Le 16 septembre 1977, s’éteignait la plus belle voix du XXe siècle. Maria Callas n’avait que 54 ans. Aujourd’hui, chacun garde en mémoire l’image de Norma, de Violetta (la « Traviata ») ou de Médée. Mais aussi celle d’une diva « absoluta », d’une icône de mode à la beauté durement acquise… et d’une femme à la célébrité douloureuse. 


Sa position unique et inégalée dans l’art lyrique a fasciné les foules. Une voix aux multiples facettes alliée à une interprétation dramatique qui a révolutionné le bel canto. Anna-Maria Kalogeropoulos (1923-1977), dite « La Callas », était une cantatrice grecque, la plus célèbre soprano du monde, une femme influente du XXe siècle et une artiste qui a bouleversé la performance lyrique par sa présence magnétique et l’amplitude étonnante de sa voix. Une tessiture (rare) de trois octaves, fruit d’un entraînement intensif, que certains critiques considéraient comme meilleure dans les aigus, d’autres, dans les graves. Un point sur lequel tout le monde s’accorde : la technique vocale, remarquable, axée sur l’intonation pour accentuer l’effet dramatique de son chant. D’où des interprétations proches de la transe qui ont forgé le mythe de la diva.

La Scala de Milan

« Je veux donner du bonheur, même si je n’ai pas eu grand-chose pour moi. La musique a enrichi ma vie et, espérons-le, à travers moi, un peu, le public. Si quelqu’un sort d’un opéra plus heureux et en paix, j’aurai atteint mon but », disait-elle. Sa gloire fut immense. Maria Callas fut une des femmes les plus adulées et les plus photographiées au monde mais elle a vécu autant de tourments que de succès, souffrant notamment d’une sévère myopie. Sur scène, elle se repérait, dit-on, au décor et avait déniché, à la Scala de Milan, l’endroit idéal où sa voix exprimait pleinement sa puissance face au public ; on l’appelle depuis « il punto Callas ».

Sa première chance, elle l’aura à 24 ans. Elle rencontre le directeur artistique du Festival lyrique de Vérone, qui l’engage pour être « la chanteuse de rue » dans La Gioconda de Ponchielli. Le soir de la première, Maria savoure l’ovation immense du public. Une nouvelle « prima donna » est née ! Elle rencontre alors le commandatore Battista Meneghini. Il l’épousera, veillera sur ses contrats et ses tournées et imposera les chefs d’orchestre. Maria, elle, chante et triomphe à Milan, à Paris et à New York. On va vite lui attribuer une réputation (imméritée) de diva aux accès colériques. Ses exigences pointilleuses la conduisaient parfois à annuler des représentations, voire à s’en retirer si elle estimait ne pas être respectée « à la hauteur de sa voix ». Son plus grand rôle ? Norma de Bellini. Elle doit l’avoir interprété 90 fois dans sa carrière ! Cette héroïne gauloise partagée entre son statut de prêtresse et son amour interdit pour l’ennemi romain semble faire écho à sa vie privée. Malgré sa gloire, elle fut une femme vulnérable avec les hommes, exploitée par son manager de mari, d’abord adorée puis tourmentée, trompée et délaissée par son grand amour, Aristote Onassis (qu’elle appelait « mon Ulysse »).

Une beauté singulière

Belle ? Elle ne l’est pas vraiment. Sa mère, despotique, pensait qu’une cantatrice avait besoin d’une solide alimentation pour « nourrir » sa voix ; elle gava l’adolescente qui devint boulotte et disgracieuse. Son idéal de beauté : Audrey Hepburn. Pour cela, Maria va s’attaquer à ce corps qu’elle déteste, va perdre une trentaine de kilos au prix d’efforts colossaux et va avoir l’intelligence de se faire conseiller par une habilleuse personnelle. Résultat : dans les années 50, La Callas devient une icône de mode, habillée par les plus grands couturiers, Dior, Givenchy, Balmain, et scrutée par tous les magazines qui décrivent sa garde-robe, ses coiffures, ses bijoux… et ses trois cents paires de chaussures.

La voix de « La Callas » commence à se détériorer quand elle dépasse à peine la trentaine. Certains ont imputé ce déclin au chagrin d’avoir perdu Onassis, qui la quitte pour convoler avec plus célèbre qu’elle, Jackie, la veuve du président J.F. Kennedy. D’autres y voient la conséquence d’avoir malmené son corps (à cause des régimes) et d’avoir poussé sur sa voix trop tôt (ses premiers rôles, très exigeants techniquement, lui auraient été préjudiciables). Fin des années 60, elle fait ses adieux à la scène, à l’opéra et au bel canto, fuyant le monde dans une solitude choisie et une mélancolie qui l’avait envahie. Dans son grand appartement de l’avenue Georges-Mandel, à Paris, elle vit recluse avec ses deux fidèles domestiques et son caniche nommé « Bellini ». En septembre 1977, la mort la délivrera de cette vie qu’elle ne supportait plus. Officiellement, elle succombe à une crise cardiaque. Mais, plus de 33 ans après sa mort, des chercheurs (italiens) ont établi que la Diva serait morte des suites d’une maladie dégénérative des cordes vocales.

Maria Callas fut un « phénomène » d’adoration bien avant Michael Jackson, Madonna ou Taylor Swift. Elle inaugure cette ère d’artistes modernes se construisant sous les yeux d’un public qui fait d’autant moins la part des choses entre l’art et le show-business, le privé et le public, que tout chez ces artistes semble participer d’un même théâtre total.

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