En l’espace de quelques années à peine, ce sport de raquette, inventé par un Mexicain, est devenu un véritable phénomène de société. Y compris en Belgique. Décryptage.
Il s’agit d’un véritable phénomène. En l’espace de quelques années à peine, le padel est devenu l’un des sports préférés des Belges. Avec déjà plus de 2.000 terrains dans le pays, la discipline connaît un succès fulgurant auprès de toutes les catégories d’âge. Les jeunes sont accros mais les seniors suivent aussi la tendance !
Les raisons de cet engouement sont multiples. D’abord, le côté ludique, convivial et accessible. C’est un sport que l’on peut pratiquer entre amis ou en famille, à tous les âges et pour un coût financier raisonnable. Il se dispute uniquement en double sur un court relativement petit (20m sur 10) avec, en toile de fond, des règles très simples. Les joueurs utilisent une raquette solide et perforée et des balles dépressurisées. A l’arrivée, il est donc beaucoup moins exigeant physiquement et techniquement que le tennis, son grand frère. Très intuitif, il ne nécessite, en prime, pas de grands entraînements.


Un business modèle pour les clubs
Le succès de ce sport nouveau est tel que de nombreux clubs de tennis sont en train de transformer carrément leur modèle économique. Sachant que l’on peut intégrer deux ou trois terrains de padel dans un seul court de tennis et que la demande ne cesse de croître, le calcul est vite fait. A en croire les gérants, en un an, l’investissement est déjà rentabilisé !
Dans la plupart des cas, il n’est évidemment pas question, pour l’heure, de sacrifier complètement les montées au filet traditionnelles. Mais de nombreux clubs ont déjà cédé à la tentation et modifié leurs infrastructures pour mélanger, sur leur site, les deux disciplines. C’est tout profit, aussi, pour les tenanciers des club-houses qui voient une nouvelle clientèle débarquer et multiplier les tournées générales !
Certains clubs historiques ont même carrément jeté l’éponge. Le vénérable et historique Tennis Club de Belgique, installé près de l’avenue Louise, à Bruxelles, et chantre du jeu de château à l’ancienne, a ainsi récemment succombé à l’appel des sirènes financières. Il est désormais intégralement dédié au padel avec un nouveau groupe d’actionnaires aux commandes.
Le padel s’est même invité dans certains clubs de golf, à l’image de Sept Fontaines qui propose désormais, dans son domaine, trois courts à ciel ouvert pour compléter son offre golfique. Là aussi, il s’agit de répondre à une vraie demande.
Certains évoquent un phénomène de mode et comparent la folie actuelle du padel à celle qui, dans les années septante, s’empara du squash avant de retomber lourdement. La réalité semble très différente. Le squash est un sport très exigeant physiquement, réservé à des joueurs hyper-entraînés. Le padel n’a rien à voir. Au plus haut niveau, il nécessite évidemment des aptitudes athlétiques mais, chez les amateurs, il peut parfaitement se pratiquer en mode fun et décontracté. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il suscite tant de succès lors des afterworks ou des week-ends en famille.

Naissance au Mexique
Le padel est né à Acapulco, au Mexique, au début des années soixante, lorsque Enrique Corcuera, un entrepreneur local passionné de… tennis, installa dans sa villa un court de 20m sur 10m qu’il ceintura de murs latéraux pour éviter que les balles ne terminent leur vol chez le voisin ! Sans le savoir, il venait d’inventer une nouvelle discipline. La légende raconte que c’est Viviana Corcuera qui rédigea le premier règlement en guise de cadeau d’anniversaire pour son mari !
Le padel est arrivé discrètement en Europe à la fin des sixties grâce au prince Alfonso de Hohenlohe, célèbre promoteur hôtelier de Marbella. Ami d’Enrique Corcuera, il avait découvert ce curieux sport lors d’une de ses visites au Mexique et était tombé aussitôt sous le charme. A son retour, il installa les deux premiers terrains sur les terres du mythique hôtel « Marbella Club » dont il était le propriétaire.
Dans un premier temps, le padel fut surtout pratiqué en Espagne et dans les pays d’Amérique du Sud, notamment en Argentine. A Buenos Aires, les premiers tournois professionnels datent du milieu des années 80 avec la domination des frères Javier et Gustavo Maquirriain, considérés comme les premiers rois de la discipline !
Aujourd’hui, le padel se pratique, avec la même fièvre, aux quatre coins du monde. On estime à plus de 20 millions le nombre de joueurs réguliers. Avec une tendance permanente à la hausse. En Espagne, il est devenu, en nombre de pratiquants, le deuxième sport derrière le football.
A l’instar de la France, la Belgique suit donc la même courbe ascendante avec, en toile de fond, de nombreux projets pilotés par des investisseurs conscients des bénéfices potentiels. Ancien champion de tennis, Christophe Rochus a été l’un des pionniers dans l’essor du padel en Belgique. On parle de plus de 400.000 joueurs réguliers dans notre petit pays !

Bientôt aux Jeux Olympiques ?
Au plus haut niveau, les grands tournois de padel ne suscitent pas (encore) le même succès que ceux de tennis. Mais, petit à petit, on assiste à la mise en place de vraies structures professionnelles.
Le fonds d’investissement Qatar Sports, déjà propriétaire du PSG, et la société brassicole espagnole Damm ont récemment créé un véritable circuit mondial, baptisé « Premier Padel » et qui réunit, tout au long de l’année, les meilleurs joueurs de la planète avec d’importants prize moneys à la clé. Des tournois du Grand Chelem, comme en tennis, sont déjà dans les tuyaux.
Bruxelles a accueilli, en avril dernier, l’une des manches de ce circuit avec les présences des meilleurs joueurs et joueuses du monde. L’événement a attiré la grande foule (60.000 spectateurs) sur le site de Tour & Taxis avec, en prime, un spectacle de grande qualité avec la victoire, en finale, de la paire Chingotto-Galan face à Coello-Tapia. Côté féminin, le duo Fernandez-Brea Sesi a soulevé le trophée.
Certes, à ce stade, le rendu télévisuel des matches n’est pas exceptionnel tant la balle bouge rapidement. Mais il est clair que le potentiel est énorme en termes de marketing et de business. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses personnalités comme Zlatan Ibrahimovic, Zinedine Zidane, Tony Parker, Lionel Messi ou Eden Hazard jouent les ambassadeurs – voire même les investisseurs – pour développer ce sport étrange venu d’ailleurs.
En tout cas, il ne faut pas être grand clerc pour deviner que le padel deviendra, tôt ou tard, discipline olympique et gagnera encore en popularité. Faut-il, dès lors, s’inquiéter, comme Novak Djokovic, de l’avenir du tennis ? « Si nous ne réagissons pas, tous les clubs de tennis seront bientôt transformés en clubs de padel ou de pickleball » (l’équivalent américain, NDLR). « Il nous faut absolument réfléchir à des innovations pour attirer un nouveau public, plus jeune », a confié le champion serbe. Le débat est ouvert.

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