Dans les contes de fées, les belles damoiselles en péril trouvent toujours le prince charmant qui vient les sauver. Aston Martin est plus forte que n’importe quelle princesse imaginaire, puisque ce sont plus d’une quinzaine de princes sauveurs – et une baronne – qui lui ont permis de survivre jusqu’à aujourd’hui. Que d’événements, en bientôt 110 ans d’histoire !


Nous disons, en effet, « bientôt 110 ans », même s’il n’est pas toujours facile de savoir quand il convient de fêter l’anniversaire d’un « vieux » constructeur. Au début du XXe siècle, en effet, les entreprises étaient fondées, puis changeaient de nom en quelques mois, puis déménageaient, puis se rebaptisaient à nouveau à cause d’un premier modèle emblématique…

A la façon de Jaguar qui s’est d’abord appelée Swallow Sidecars, puis Standard-Swallow (ou SS), avant que le nom du modèle Jaguar devienne celui de la marque, l’histoire d’Aston Martin commence avant Aston Martin. Après avoir assuré les entretiens et réparations d’autres marques, Lionel Martin et son partenaire Robert Bamford fondent, en 1913, « Bamford & Martin » et se lancent dans la production de voitures de course. Un an plus tard, Martin lui-même, au volant d’une de ses voitures, remporte une course de côte nommée « Aston Hill Climb ». Le bolide sera plus ou moins officiellement appelé Aston Martin mais c’est en 1915 seulement qu’une voiture portera pour la première fois très officiellement ce nom.

Les problèmes, déjà

Après la Première Guerre, Aston Martin se remet au travail avec Lionel seul aux commandes, aidé par un bienfaiteur polonais, le comte Louis Zborowski, sans qui la marque aurait déjà pu disparaître. En 1923, la première véritable Aston Martin de route est lancée mais n’empêchera pas la faillite de la marque.

Commence alors une longue série de changements de propriétaires, entres richissimes entrepreneurs, banques d’investissement, consortiums, etc. Lionel Martin, co-fondateur de la marque, sera à peu près contraint de se retirer en 1925, cinq ans après son ami Bamford.

Le label commence tout de même à acquérir une certaine réputation dans les années 30 mais bientôt éclate la Seconde Guerre mondiale. Aston Martin connaît un passage de plus au purgatoire mais survit en produisant des pièces d’avion. Jusqu’en 1947 et l’arrivée de l’homme providentiel, dont l’héritage est toujours bien présent aujourd’hui…

Initiales DB

L’homme se nomme David Brown. Il a fait fortune grâce à ses machines agricoles, comme un certain Ferruccio Lamborghini. La même année, il rachète Lagonda, l’intègre à Aston Martin, et c’est le partage de technologie des deux marques qui conduira, en 1950, à la naissance d’une lignée de légende, initiée par la DB2. Celle-ci séduit sans tarder une clientèle fortunée et ce succès est probablement porté par ceux que la voiture rencontre sur les circuits, notamment grâce à un triplé au Mans !

La DB2 jette aussi les bases d’une dynastie de GT de prestige, qui va bientôt accueillir sa représentante la plus légendaire. Les prémices de cette légende prennent les formes de la DB4, dessinée en Italie par la Carozzeria Touring. Et c’est le modèle suivant qui va véritablement entrer dans l’inconscient collectif…

Star de cinéma

Si l’apogée sportive est atteinte en 1959 avec un titre mondial en endurance grâce notamment à la DBR1, l’apogée de la notoriété auprès du grand public arrive six ans plus tard, lorsque l’Aston Martin la plus emblématique de toutes – la DB5 – obtient un premier rôle dans un film dont on ignore qu’il lance une immense saga : « Goldfinger », première adaptation des aventures de l’agent secret James Bond. Malgré quelques infidélités, c’est le début d’une longue histoire d’amour entre 007 et Aston Martin, histoire que nous retraçons ailleurs dans ces pages…

Hélas ! la célébrité n’est pas la garantie de revenus. Les années 70 et 80 sont très difficiles pour Aston Martin, qui change de mains encore et encore. En 1982, seulement 30 voitures sont produites. Il faut dire que la Virage lancée en 1987 est la première vraie nouveauté… depuis 20 ans ! Ça n’aide pas. Puis, la même année, un espoir réel semble poindre, lorsque Ford prend des parts dans la marque.

DB, le retour

Grâce au géant américain – et à un châssis Jaguar, marque également détenue par Ford –, Aston Martin reprend des couleurs avec le premier modèle de sa « période américaine ». La DB7 est accueillie en 1994 avec enthousiasme, suivie de la DB7 V12 Vantage en 1999, puis de la très athlétique Vanquish en 2001, avec laquelle Aston peut à nouveau rivaliser avec Ferrari et Lamborghini.

Au fil des ans, la marque élargit et renouvelle sa gamme à un rythme qu’elle n’avait pas connu depuis très longtemps. En 2007, pour arranger sa situation délicate, Ford doit se résoudre à vendre ses marques de prestige, dont Aston Martin. Le nouvel acquéreur est compétent, puisqu’il s’agit de David Richards, excellent homme d’affaires et figure très connue du sport automobile, qui avait d’ailleurs déjà relancé Aston en compétition quelques années plus tôt. Il s’adjoindra le soutien de divers investisseurs, notamment koweïtiens et italiens. C’est aussi durant la période Richards qu’en 2013, entre en jeu l’un des investisseurs les plus solides de la marque, à savoir Mercedes. Contre quelque 12% des parts dans Aston, la firme allemande fournira des composants électroniques, tandis que sa branche AMG concevra des moteurs. Les prochaines Aston Martin seront donc débarrassées des V8 et V12 vieillissants de Ford. Il était temps car la marque traversait une nouvelle zone de turbulences. Pendant 5 ans, les bilans annuels furent dans le rouge, avant un retour aux bénéfices en 2017.

LS, le nouveau DB ?

C’est une marque qui semble (enfin) durablement relancée qui entre à la Bourse de Londres en 2018. Et bientôt, un investisseur majeur va intégrer son capital. Il est canadien, il est devenu milliardaire grâce au commerce de grandes marques de mode et il s’appelle Lawrence Stroll. En 2020, lui et un fonds d’investissement acquièrent d’abord 16% d’Aston Martin mais cette part progressera pour atteindre près de 30% aujourd’hui.

Avant de s’intéresser à Aston, Stroll n’était pas un parfait inconnu dans le microcosme automobile, puisqu’en 2018, il avait déjà racheté l’écurie de Formule 1 Force India, alors rebaptisée Racing Point. La rumeur dit qu’il avait acheté une équipe de F1 dans le seul but d’offrir une place à son fils Lance dans la catégorie reine mais c’est une autre histoire. Le fait est que Lawrence Stroll pourrait bien avoir un rôle aussi important dans le destin d’Aston Martin que l’avait eu David Brown. Non seulement parce qu’il semble orienter la marque vers un avenir stable mais aussi parce qu’il lui donne un charisme sportif inédit. Car forcément, Stroll n’a pas mis longtemps à unir ses deux « bébés » : en 2021, Racing Point devint Aston Martin Racing Team.

Compétitive

Ce n’est pas la première expérience d’Aston Martin en F1. La marque avait déjà participé aux championnats 1959 et 1960, avec des pilotes tels que Maurice Trintignant ou Caroll Shelby, qui créera ensuite des bolides de légende pour Ford, notamment la Cobra et la GT40. Mais le succès ne fut pas au rendez-vous.

Quand Aston se présente en 2021, ce n’est pas la même histoire. Bien sûr, la marque se repose sur une équipe qui a déjà une solide expérience. Mais outre le fiston Lance, elle verra aussi se succéder de fameux pilotes. D’abord, en 2021 et en 2022, Sebastian Vettel, l’Allemand quadruple champion du monde. Et depuis 2023, le pilote n°1 de l’écurie n’est autre que Fernando Alonso. L’Espagnol a deux couronnes mondiales à son actif mais il a surtout le don d’offrir à Aston Martin une très intéressante couverture médiatique. Car à 42 ans, Alonso n’est pas seulement le doyen des pilotes, il est aussi toujours l’un des plus fougueux sur la piste et l’un des moins politiquement corrects en interviews. Et si la légendaire marque attend toujours son premier succès en Grand Prix, Aston Martin n’a probablement jamais eu meilleur ambassadeur que Fernando Alonso. Sauf, peut-être, un certain… 007 !

Les Aston de James

A la question « qui a joué dans le plus de films de James Bond ? », la réponse n’est pas Sean Connery (6 films), ni Roger Moore (7 films). La bonne réponse est, bien sûr, Aston Martin, qui apparaît au total 19 fois dans la franchise, parfois avec plusieurs modèles différents dans un seul film. La plus souvent castée est évidemment la DB5. Depuis sa première apparition aux côtés de Sean Connery dans « Goldfinger », en 1964, on l’a revue dans huit autres films. Et l’épisode dans lequel ont figuré le plus d’Aston Martin est le dernier, « No Time To Die », en 2021. On a vu la matriarche DB5, évidemment, ainsi que la Vantage, la DBS Superleggera et même l’hypercar Valhalla, qu’aucun client n’a encore eu l’occasion de conduire. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que 007 a la primauté absolue. Dans « Spectre », en 2015, il conduit dans les rues de Rome la DB10, concept car qui n’existera pas tel quel mais préfigure de l’actuelle DB11. Chouette métier que celui d’agent secret !

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