Avec ses courbes affolantes, sa moue boudeuse et son franc-parler, Brigitte Bardot a déchaîné les passions. Adulée ou conspuée, elle fut un emblème de l’émancipation des femmes dans les années 60. « BB » n’aimera jamais son statut de sex-symbol. A 39 ans, elle quitte le cinéma et se consacre à la protection des animaux. Corps et âme. Le souvenir de sa beauté hyperphotogénique ne cesse de nous inspirer.
90 ans ! Le 28 septembre dernier, Brigitte Bardot est devenue nonagénaire et s’est montrée dans les médias sans fard, sans chirurgie esthétique, sans faux-semblant, ce qui est rare pour une star. « Pour moi, la période ‘star’ est très loin derrière moi », dit-elle. « Aujourd’hui, le seul avantage de ma notoriété, c’est que mon nom me permet de sauver des animaux. » Le bien-être animal, elle en a fait le combat de sa vie, sa raison d’être. « Contrairement à ce que le monde entier pense, je m’intéresse aussi aux humains depuis des années. Mais je ne veux pas que ça se sache. »
En 1973, l’actrice quitte les plateaux du cinéma sans aucun regret (NDLR : son dernier film est le très oubliable « Colinot trousse-chemise », de Nina Companez) et décide de se consacrer pleinement à la cause animale en lien avec le Fonds International pour la Protection des Animaux. « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Je vais donner, désormais, ma sagesse et mon expérience et le meilleur de moi-même aux animaux. »


« Le cinéma ne me rendait pas heureuse, les hommes, non plus. En donnant ma vie aux animaux, ce sont eux qui m’ont sauvée. »
Souvenez-vous, en 1977, « BB » participe à une campagne internationale (très) médiatique en se déplaçant sur les glaces polaires du Canada sur l’invitation de Paul Watson, le fondateur de la Sea Sheperd Conservation Society. Objectif : dénoncer le massacre des bébés phoques pour leur fourrure (âgés de 15 jours à peine, ils sont assommés à coups de massue et dépecés sur place). Sa présence et sa détermination réussiront à faire voter l’interdiction du commerce de produits dérivés de la chasse des phoques ayant moins de deux semaines, grâce notamment au soutien du président Valéry Giscard d’Estaing.
En 1986, la star crée la Fondation Brigitte-Bardot, financée notamment par la vente aux enchères d’objets d’art, bijoux et autres effets personnels. L’iconique villa tropézienne « La Madrague » appartient à la fondation, qui possède également quatre refuges sur le territoire français. En 1992, elle sera reconnue d’utilité publique ; elle compte aujourd’hui plus de 75.000 donateurs. « Le cinéma », dit-elle, « ne me rendait pas heureuse, les hommes, non plus, jusqu’à vouloir mettre fin à mes jours. En donnant ma vie aux animaux, ce sont eux qui m’ont sauvée. Ils ont donné un sens à mon existence, un sens tellement important qu’il n’a plus jamais été question par la suite d’être malheureuse. Ils m’ont apporté la vérité et l’amour vrai. Dans n’importe quelle situation, mes chiens, mes chats, mes chevaux, mes ânes, mes chèvres, mes poules sont là, bien présents ! »


Le mythe « BB »
Cela fait 68 ans que sortit « Et Dieu créa la femme », un film qui lui fit découvrir en même temps le cinéma et l’amour. Avec Roger Vadim, le réalisateur, Brigitte Bardot se libère et devient l’image (sulfureuse) de la femme libre, provocatrice et émancipée. Elle a 22 ans. Jeune, belle, sensuelle, son personnage dans le film (Juliette) fait chavirer les cœurs dans le petit port de Saint-Tropez ; trois hommes se disputent l’amour de cette orpheline dont la soif de liberté est si grande.
Dans la vraie vie, Brigitte est issue d’une famille grande-bourgeoise catholique du XVIe arrondissement de Paris, aux mœurs plutôt codifiées. Le film déchaînera des cascades de sentiments, autant de passion, d’idolâtrie et de coups de foudre, pour les uns, que d’indignation, voire de haine, pour les autres. C’est la première fois qu’une jeune femme exprime au cinéma son désir à l’égal d’un homme et utilise son corps pour s’affirmer et conquérir la liberté. Aux Etats-Unis, « Et Dieu… créa la femme » (1956) suscite une véritable campagne des Eglises ; des inspecteurs effectuent des descentes dans les cinémas pour saisir les copies du film au nom d’une loi interdisant les spectacles obscènes. Même la Belgique est impliquée ! Lors de l’Expositipon universelle de Bruxelles (1958), le Vatican avait un pavillon ouvert au public composé de deux salles, l’une dédiée aux « miracles du Bien », l’autre, aux « méfaits du Mal »… avec notamment une photo en couleurs de « BB » dansant le mambo dans « Et Dieu créa la femme » !
Un an plus tard, au Festival de Cannes, la jeune actrice éclipse les vedettes confirmées que sont Sophia Loren ou Gina Lollobrigida. « A star is born » ! Avec ses cheveux blonds décoiffés (son légendaire chignon crêpé, gonflé, haut perché, façon « choucroute »), ses pieds nus sur la Croisette, sa franchise à toute épreuve, sa nature insoumise et sa sexualité assumée, Brigitte va radicalement bouleverser l’image de la jeune femme française. Une aura qui deviendra internationale.
Pourtant, le cinéma ne sera jamais vraiment son « truc ». « Il n’est que du faux-semblant. Des décors, des sentiments, des rôles qu’on doit jouer parce qu’on ne les éprouve pas vraiment. Sauf que moi, je tombais tout le temps amoureuse de mes partenaires. Je n’arrivais pas à tourner des scènes d’amour en faisant semblant », raconte-t-elle.
Roger Vadim, Jean-Louis Trintignant, Jacques Charrier, Samy Frey mais aussi Sacha Distel, Serge Gainsbourg, Gunther Sachs (NDLR : lequel, pour la séduire, fera larguer depuis un hélicoptère une pluie de roses sur La Madrague) : les hommes de sa vie ne l’ont finalement pas rendue si heureuse que ça. Aujourd’hui, depuis 1992, Brigitte est mariée à l’homme d’affaires Bernard D’Ormale, qui fit partie un temps du cercle de Jean-Marie Le Pen. Selon ses dires, elle vit cependant très seule, entourée de ses fidèles animaux. Elle a définitivement fui les projecteurs, elle n’est d’aucune coterie, n’est absolument pas mondaine et semble avoir retrouvé une certaine discrétion à Saint-Tropez.


Petite leçon de mode
De la petite robe à épaules dénudées imprimée vichy rose et blanc à la marinière portée sur un pantalon corsaire et des ballerines (Repetto) rouges, en passant par la dentelle anglaise, les cuissardes et la minijupe en cuir, ou le bandeau dans les cheveux, Brigitte Bardot a marqué les esprits avec des looks plus légendaires les uns que les autres. Une fausse désinvolture devenue une véritable source d’inspiration pour les jeunes filles du XXIe siècle. Le secret de son style ? La simplicité. Sexy mais pas vulgaire. Glamour mais jamais guindée. Un mélange masculin-féminin flatteur qui parle aux femmes d’aujourd’hui.
La petite robe vichy, parlons-en. Une tenue estivale plutôt sage, créée dans les années 1950 par Madame Vachon qui tenait boutique sur le port de Saint-Tropez. Un imprimé à motif de petits carreaux rose bonbon et blanc, qui flirte subtilement entre élégance bourgeoise et sensualité suggestive. Cet imprimé (jusqu’alors réservé aux nappes de pique-nique) devient rapidement inhérent au style de l’icône. D’autant que « BB » a demandé au couturier Jacques Esterel de lui confectionner sa robe de mariée au jupon gonflant dans ce tissu-là (NDLR : le 18 juin 1959, elle se marie pour la seconde fois avec l’acteur Jacques Charrier). Cette même année, sa costumière, Rosine Delamare, imagine les tenues pour son rôle dans le film « Voulez-vous danser avec moi ? », de Michel Boisrond (1959). C’est ainsi que la fameuse robe imprimée vichy entre dans les annales des vêtements les plus iconiques du cinéma.
C’est aussi dans un film devenu culte, « Le Mépris », de Jean-Luc Godard (1963), que « BB » arbore pour la première fois un bandeau dans les cheveux (jugés beaucoup trop « choucroutés » au goût du réalisateur). « Tu vois mon derrière dans la glace ? » demande-t-elle à son partenaire. – « Oui », répond Michel Piccoli. – « Tu les trouves jolies, mes fesses ? » – « Oui, très. » – « Et mes seins, tu les aimes ? » – « Oui, énormément. » Une scène culte du film, dans lequel la beauté magnétique de Brigitte crève l’écran. Ce foulard en soie noué nonchalamment dans sa chevelure blonde deviendra l’accessoire de mode estival par excellence.
Aujourd’hui, à 90 ans, Brigitte Bardot s’habille tout en noir. « D’une part, c’est pratique », avoue-t-elle dans un magazine, « on ne se pose pas de questions le matin pour savoir comment on va s’habiller. D’autre part, ça reflète ce que je ressens à l’intérieur de moi. Une certaine noirceur mais pas le désespoir (…) Ce qui est passé est fini. Je vis l’instant présent ! »



Comments are closed.