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Loin de lui l’idée de s’habiller comme papa. Pierre Degand se veut l’ambassadeur d’un style vestimentaire intemporel et cohérent. Classique, oui, mais d’un classicisme réinventé et, en cela, très actuel.


Bien sûr, il ne s’agit pas d’un cours magistral, ni d’un exposé académique, plutôt quelques réflexions d’un homme éclairé qui porte haut l’étendard de l’élégance au masculin. S’il est exact que Pierre Degand ne transige jamais avec la qualité ni avec la tradition « sartoriale », il n’est pas réfractaire à l’air du temps, bien au contraire, ni au juste prix, ni à une certaine décontraction élégante. Par contre, le laisser-aller, pas question !

Vous avez dit : « L’élégance d’aujourd’hui, c’est celle d’hier (quand j’ai créé mon magasin en 1983) devenue plus confortable et moins conformiste. » Est-ce toujours vrai ?

Pierre Degand : « Oui. Hier, on s’habillait avant tout pour les autres et l’élégance était un facteur de distinction sociale. Aujourd’hui, on s’habille d’abord pour soi et l’élégance est devenue un plaisir personnel, privé, presque un luxe intime. Il est vrai que la Maison Degand prône un certain classicisme, je dirais plutôt un style intemporel, mais elle surfe aussi sur les tendances actuelles. Je ne suis, par contre, pas favorable au style ‘casual Friday’ (façon Steve Jobs ou Mark Zuckerberg) en vogue dans les start-up. Un laisser-aller vestimentaire qui, je tiens à le préciser, n’enlève rien au génie de ces messieurs. Je constate que le costume cravate a tendance à disparaître dans certaines entreprises au profit d’une invasion des vêtements de la vie courante, et je trouve cela dommage, voire dommageable. Un beau costume, bien coupé, dans un tissu adéquat, sans être guindé pour autant, ça pose son homme, comme on dit. Ça lui donne de la prestance, de la stature, voire une autorité naturelle. »

 

Votre définition du luxe ? Le luxe est-il indissociable du prix (souvent élevé) que l’on doit payer pour l’obtenir ?

« J’aime à dire qu’avant d’être un train de vie, le luxe est un talent et que, chez Degand, il n’a rien d’ostentatoire. Le luxe est indissociable d’un certain artisanat et de la qualité de la matière première. Alors, oui, forcément, cela coûte plus cher. Mais il convient de préciser que nous ne sommes pas une ‘griffe’ parisienne prestigieuse, lesquelles travaillent souvent avec les mêmes fournisseurs que moi et majorent le prix de leurs costumes, à qualité égale, à cause de la renommée de leur marque. » 

Des vêtements sur mesure ? 

« On trouve chez Degand des costumes autour de 1.500 euros (selon le tissu choisi) issus d’un prêt-à-porter de qualité, produits de ‘l’excellence industrialisée’ italienne ou anglo-saxonne, à savoir piqué machine, entoilage semi-traditionnel (jamais de thermocollé !), matières haut de gamme et détails soignés. Chaque pièce est ajustée aux goûts et aux mensurations du client par Jérôme Didier, notre tailleur. Donc, osez pousser la porte ! Non, la Maison Degand n’est pas synonyme de hors de prix. Au 1er étage, se trouvent le luxe des labels faits main et notre atelier de ‘grande mesure’ (bespoke), le seul digne de ce nom à Bruxelles. »

 

Peut-on parler de mode durable ? 

« J’aime les vêtements réalisés dans de belles matières qui durent toute une vie. Acheter une belle pièce, qu’il s’agisse d’un costume en laine et soie mélangées, un pull en cachemire ou une paire de derbies en cuir du bottier John Lobb, avec un rapport qualité/prix équitable et cette notion de service qui accompagne votre acte d’achat, vaut mieux que d’acheter du ‘chic’ ultra-griffé qui ne dure qu’une saison. C’est vraiment mon avis ! Et peu importe si l’on me considère comme le ‘dernier des Mohicans’, je me bats, et je me suis toujours battu, pour mettre en avant la qualité, l’authenticité et le raffinement. »

 

Le port de la cravate ?

« Bien s’habiller, c’est une question de respect. De respect envers soi-même et de respect envers les autres. Oui, je suis pour le port de la cravate pour aller travailler. Oui, je suis pour le port de la cravate pour aller dîner au restaurant ou pour aller au spectacle. En soie imprimée ou jacquard ou en laine tricotée, elle est l’ornement essentiel du costume. La cravate permet toutes les audaces ! »

En été, vous faites l’éloge d’une élégance plus décontractée ? Décontractée jusqu’où ?

« Cela dépend des circonstances. Un week-end à la mer ? Un apéro dans le jardin ? Une balade à la campagne ? Porter un jeans ou un pantalon blanc cassé avec un blazer déstructuré, pourquoi pas ? Des sneakers (baskets) avec un pantalon chino en sergé de coton rouge framboise ou vert anis (à porter toujours avec une ceinture !), pourquoi pas ? Par contre, les pantacourts moulants qui laissent apparaître un bout de mollet, très peu pour moi. Certes, la notion de confort est importante… mais le laisser-aller, pas question. »

  

Votre principal trait de caractère ? 

« Travailleur, perfectionniste et déterminé. »

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