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Quadruple vice-champion du monde de F1, surnommé le « Champion sans couronne », le pilote britannique Stirling Moss, équipier modèle de Juan Manuel Fangio chez Mercedes, est décédé à l’âge de 90 ans.


C’était en 2015. Le Goodwood revival battait son plein. Au détour d’une tente VIP frappée de l’emblème Mercedes au cœur de La Mecque de la voiture ancienne, Stirling Moss animait les débats. Témoin d’un temps hallucinant où les pilotes sautaient en bras de chemise dans des bolides pour risquer leur vie à chaque virage, ses récits fascinent. En course, le pilote britannique se distinguait par son économie de mouvements, son flegme, son élégance. Dans les paddocks, malgré un sourire timide ravageur, son charisme était reconnu de tous. « J’ai eu une vie fabuleuse, inespérée », nous avait-il confié.  

Son père, pilote amateur ayant notamment pris part aux 500 Miles d’Indianapolis en 1925, lui donne le goût des belles voitures et de la course automobile. Conscient des dangers du métier, il finance à contrecœur le début de carrière de son fils. « A l’époque, dans les années 1950, on perdait en moyenne trois ou quatre pilotes par saison », rappelle Stirling Moss.

Le danger est passionnant

 « Mais faire quelque chose de dangereux est passionnant à cet âge-là », ajoute-t-il, avec un sourire en coin. Comme souvent, à cette époque, il se fait les dents en courses de côte. Il remporte sa première course en 1948, avant de s’adjuger un premier sacre en Formule 3, lors d’une course annexe du Grand Prix de Grande-Bretagne, en 1949. A 20 ans, sa réputation galope dans les paddocks. Sa victoire en 1950 à Dundrod (Irlande du Nord), lors du très couru Tourist Trophy, complète un CV déjà prometteur. Il est jeune, il est beau… et puis, il a l’insouciance de son âge.

En ce temps-là, la F1 est plutôt transalpine. Mais la rencontre avec Enzo Ferrari est tout sauf fructueuse. En cause ? Le patriotisme ! « Il Commendatore » lui préfère un pilote italien, tandis que Moss rêve d’une voiture anglaise…

Le prince des Mille Miglia

C’est pourtant pour le compte de Mercedes que Stirling Moss effectuera l’essentiel de sa carrière. En 1955, l’écurie de Stuttgart l’embauche comme équipier du grand Juan Manuel Fangio. Il n’en prend pas ombrage, au contraire. Aucun pilote britannique n’a encore gagné à domicile lorsqu’il aborde le Grand Prix d’Aintree. Son rival est son coéquipier, naturellement. Mais il le coiffe de justesse sous le drapeau à damiers. Stirling Moss se demandera toujours si l’Argentin ne l’a pas laissé gagner. Il interrogea souvent son équipier qu’il soupçonne de ne pas avoir forcé les choses dans l’ultime virage. « C’était ton heure, un point c’est tout », lui répondra invariablement Fangio.

Pourtant, c’est d’une autre victoire que Stirling Moss conservera le plus de fierté. La même année, en Italie, il s’impose aux Mille Miglia. La plus célèbre épreuve automobile du moment relie, sur routes ouvertes, Brescia, Padoue, Saint-Marin, Rome, Sienne, Florence, Crémone, soit un tracé de 1.597 km. Avec son copilote et ami journaliste Denis Jenkinson, au volant de la Mercedes 300 SLR, Stirling Moss et son équipier avalent la distance en dix heures (157,65 km/h de moyenne) : un record absolu pour l’éternité.

Son passage chez Vanwall la saison suivante n’aura d’intérêt que d’offrir un duo 100% britannique. Nettement moins efficace que sa rivale allemande, la Vanwall permet néanmoins à Moss de s’imposer à nouveau devant son public, au Grand Prix d’Angleterre 1957, au terme d’une course épique qui vit sa monoplace instable déraper dans quasiment chaque virage…

Le titre offert à Hawthorn

Sa joie est entière aussi ce 7 octobre 1957, lorsqu’il se marie avec Katie Molson, l’héritière des célèbres brasseries canadiennes du même nom. L’ami Fangio lui offre une montre en or gravée avec cette dédicace : « Au futur champion du monde. » Cela faisait trois saisons (entre 1955 et 1957) que le Britannique finissait deuxième derrière lui…

En 1958, il est encore en position de dauphin, derrière son compatriote Mike Hawthorn, à la veille du Grand Prix du Portugal. Lorsque ce dernier est disqualifié pour avoir emprunté la piste en sens inverse après un tête-à-queue, c’est Stirling Moss en personne qui va voir les commissaires pour demander que son rival soit reclassé ! Un geste chevaleresque inimaginable aujourd’hui, vu les intérêts financiers en jeu. Surtout lorsque l’on sait que cette attitude fair-play lui coûta, in fine, le titre de champion du monde qu’il convoitait tant ! Mais le public, lui, n’en est que plus séduit. Promu pilote le mieux payé du monde en 1961, il emménage dans le quartier huppé de Mayfair, à Londres.

En 1961, à Monaco, il prouve à tous les observateurs présents que son salaire n’est pas usurpé. Ce Grand Prix 1961 est sans doute le plus beau de tous les temps. Au volant d’une Lotus, Stirling Moss brille de toute sa classe. « Il y avait cent tours » (NDLR contre 78 aujourd’hui), « j’ai pris la tête au 86e et résisté aux puissantes Ferrari. » Le vieil Enzo, après avoir douté de ses compétences, lui en offre néanmoins une pour la saison. « Il Commendatore » avait bel et bien raison : Stirling Moss n’est pas du tout à l’aise au volant du bolide rouge frappé du cheval cabré !

Goodwood, où tout s’est arrêté

Il n’a pourtant pas le temps d’avoir peur le 24 avril 1962, à Goodwood, lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Essayant de rattraper son compatriote Graham Hill, il percute un talus à plus de 180 km/h. Après trente-deux jours dans le coma, il reste partiellement paralysé six mois et perd ses dents. Son accident est vécu comme un drame national. Stirling Moss reste persuadé que 1962 devait être l’année de son sacre. Beaucoup pensent que cet accident lui a sauvé la vie… en le mettant hors course.

Il abandonne la compétition en 1963 et doit se réinventer. Ne sachant rien faire d’autre que piloter, il va vendre son nom. « J’étais une prostituée internationale », confie-t-il. « Je vendais mon temps pour de l’argent. » 

 

Descendant de William Wallace !

En 2000, lorsqu’il apprend qu’il va être fait Chevalier du Royaume, il se sent enfin « accepté ». Anobli par la reine Elizabeth, il devient Sir Stirling Craufurd Moss, du nom de sa mère – Craufurd –, lointaine descendante du chevalier écossais William Wallace, héros de la guerre d’indépendance face aux Anglais et popularisé par le film « Braveheart » (1995).

Après avoir vaincu un cancer, Stirling Moss a encore failli mourir à l’âge de 80 ans, après une chute de trois étages dans la cage d’ascenseur de sa maison de Mayfair. Bilan : quatre vertèbres fêlées, deux chevilles cassées, le pied brisé et de multiples contusions. C’est par le biais de son site internet qu’il annonce, moins d’un an plus tard, qu’il arrête la course automobile. « Cet après-midi, lors des qualifications pour la Course des Légendes, course annexe des 24 Heures du Mans, je me suis fait peur. J’ai toujours dit que si je ne me sentais plus à la hauteur, je me retirerais. » 

Il portait toujours la montre que lui avait donnée Juan Manuel Fangio lors de son mariage. Même si la prédiction ne s’est pas réalisée. L’homme en avait pris son parti. « Je préfère avoir été quatre fois vice-champion plutôt qu’une seule fois champion et ensuite oublié… »

REPÈRES

17 septembre 1929 : Naissance à West Kensington (Londres).

1951 : Première participation à un Grand Prix de Formule 1.

1955 : Remporte le Grand Prix de Grande-Bretagne.

1955-1958 : Vice-champion du monde de F1.

1960 : Accidenté au Grand Prix de Belgique.

1962 : Accident sur le circuit de Goodwood.

2000 : Annobli par la reine Elizabeth II.

12 avril 2020 : Mort à Londres.

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