Apparues à la Renaissance pour parfaire l’éducation des jeunes nobles, les académies équestres ont largement disparu au fil des siècles et de l’évolution de l’équitation vers une pratique sportive. Aujourd’hui, il reste néanmoins quelques établissements en Europe qui perpétuent des traditions. Certains sont même reconnus au patrimoine de l’UNESCO. Tour d’horizon
Avant d’être un partenaire de sport ou de loisirs, le cheval a été sollicité pendant de nombreux siècles comme outil de transport, compagnon de guerre ou encore objet d’apparat. Un autre rôle moins connu de ce noble animal est celui de formateur, notamment pour les jeunes nobles durant la Renaissance. A partir du XVIe siècle, l’Europe a, en effet, vu se développer des académies équestres au départ de l’Italie, notamment à Naples, à Rome et à Ferrare. L’apparition de ces établissements répondait essentiellement « à la nécessité d’une institution pour prévenir la jeune noblesse de toute oisiveté tout en lui offrant une éducation digne de son rang. Il s’agit de la policer, de la civiliser, de lui faire adopter les codes de la Renaissance italienne », indique Corinne Doucet, professeur et docteur en histoire moderne, dans une thèse sur le sujet.
Le concept d’académie équestre a rapidement débordé des frontières italiennes pour s’installer dans toute l’Europe, et notamment à Paris où l’on comptait une dizaine d’établissements entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIIe siècle. Versailles a, par exemple, accueilli dans sa Grande Ecurie une académie dont l’accès était réservé aux jeunes gentilshommes qui pouvaient justifier d’au moins quatre générations de noblesse militaire. Chaque établissement avait ses particularités mais était multidisciplinaire puisqu’on pouvait, par exemple, y apprendre l’escrime, la danse, les mathématiques, la géographie ou encore les lettres et, bien sûr, l’équitation à laquelle on associait de véritables fonctions éducatives à cette époque. Dans son ouvrage « Une histoire du cheval », l’ethnologue et anthropologue Jean-Pierre Digard précise que « par une assimilation du cavalier au monarque et de la monture aux sujets, le dressage était considéré comme le meilleur apprentissage, pour les jeunes princes, du commandement des hommes ».



Une réorientation plus artistique
Si, au départ, les académies d’équitation étaient étroitement liées au domaine militaire, elles ont progressivement pris une orientation plus artistique à mesure que le perfectionnement des armes à feu transformait le rôle de la cavalerie et que s’intensifiait la vie de cour dans les grandes capitales européennes. L’objectif des dirigeants n’était, en effet, plus de se battre mais de régner en exhibant les signes de leur richesse, et les académies équestres y ont contribué en orientant leur enseignement vers des figures de dressage de plus en plus complexes qui servaient à la fois de divertissement à la cour et de faire-valoir aux écuyers. Cette équitation artistique et académique a connu son apogée au milieu du XVIIIe siècle, avant d’être rattrapée par des critiques la jugeant inutile et par d’autres éléments plus concrets. De nombreux établissements ont, par exemple, fermé car ils manquaient de moyens financiers et en France, la Révolution de 1789 a sévèrement réduit le rôle et l’importance de la noblesse. Les académies équestres ont ainsi été remplacées petit à petit par des manèges bourgeois et des écoles militaires telles que le célèbre Cadre Noir de Saumur, qui fête son bicentenaire cette année. Bien que celui-ci soit resté militaire jusque dans les années 1970, il s’inscrit comme un ambassadeur et héritier de l’équitation de tradition française, laquelle est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Les écuyers du Cadre Noir perpétuent et valorisent aujourd’hui cette tradition au travers de l’enseignement, la participation à de grandes compétitions internationales ou encore l’organisation de « galas » lors desquels le grand public peut admirer les sauts et airs d’école les plus complexes hérités des anciennes académies. Egalement en France, l’Académie équestre de Versailles, créée au XXIe siècle, fait quant à elle revivre la Grande Ecurie du château avec un enseignement qui associe le dressage et l’art du spectacle à d’autres disciplines comme l’escrime, le chant ou encore la danse.

Modernité et tradition
Quelques autres établissements européens s’inscrivent, eux aussi, dans la lignée des académies de la Renaissance, à commencer par l’Ecole Espagnole d’Equitation de Vienne qui est la plus ancienne en activité à l’échelle mondiale. Elle existe, en effet, depuis 1565 mais ses représentations n’ont été ouvertes au public qu’après la chute de l’Empire austro-hongrois, en 1918. Véritable institution historique et culturelle, elle perpétue les traditions équestres de la Renaissance ainsi que l’élevage de chevaux Lipizzan, unique race présente au sein de ses écuries. On trouve aussi à Jerez de la Frontera et à Lisbonne des académies équestres créées dans les années 1970 mais pleinement empreintes, elles aussi, de l’esprit des établissements de la Renaissance. L’Ecole Portugaise d’Art Equestre est, en effet, considérée comme l’héritière de l’ancienne académie de la cour du Portugal qui a disparu au XIXe siècle. Elle en utilise non seulement les techniques mais aussi les harnachements et les costumes ainsi que les chevaux : la lignée Alter Real provenant du Haras historique d’Alter do Chão. L’Ecole royale andalouse d’Art équestre, quant à elle, est davantage axée sur le patrimoine espagnol comme en témoigne l’utilisation de chevaux Pure Race Espagnol, ses tenues typiques andalouses et son célèbre spectacle « Comment dansent les chevaux andalous » présenté dans le monde entier.
Environ 500 ans après l’apparition des premières académies équestres, l’objectif des quelques établissements restants n’est donc plus de former une élite mais de maintenir vivants des patrimoines et des savoir-faire. L’équitation pratiquée par ces académies au XXIe siècle est, en effet, l’héritage de grands maîtres qui ont traversé les siècles et inspirent encore les cavaliers d’aujourd’hui. Ils s’appellent notamment François Robichon de la Guérinière, Antoine de Pluvinel ou encore Federico Grisone et, à l’instar des plus grands artistes ou des plus grands scientifiques de l’histoire, leurs œuvres ont marqué à jamais l’histoire.


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